
L'expression « radio libre » désigne les stations nées en marge du monopole d'État, à partir des années 1960 en Europe, et le mouvement social qui les a portées : démocratiser les ondes, donner une voix à ce que les médias institutionnels ignoraient.
Le monopole et sa contestation
En France, l'État a détenu le monopole de la radiodiffusion pendant des décennies. Les seules exceptions étaient les stations périphériques, émettant depuis l'étranger tout en visant le public français.
À la fin des années 1970, des dizaines de stations clandestines apparaissent : émetteurs artisanaux, studios improvisés, brouillages et saisies de matériel. Elles portent des causes très diverses, écologie, régionalisme, syndicalisme, mouvements culturels, et partagent la même revendication : le droit d'émettre.
La libéralisation intervient en 1981-1982, avec la fin du monopole et la création d'une autorité chargée d'attribuer les fréquences. Le mouvement se scinde alors : une partie des stations se professionnalise et devient commerciale, une autre reste associative et locale.
Le paysage actuel en France
La régulation classe les radios en cinq catégories. La catégorie A regroupe les radios associatives non commerciales, dont les ressources publicitaires sont limitées et qui bénéficient d'un fonds de soutien à l'expression radiophonique. La B rassemble les radios locales commerciales indépendantes, la C les radios locales affiliées à un réseau national, la D les réseaux nationaux thématiques, la E les généralistes nationales.
Cette classification n'est pas administrative : elle détermine les obligations, les possibilités de publicité et les critères d'attribution des fréquences. La catégorie A est celle où l'esprit des radios libres s'est maintenu.
Créer une radio aujourd'hui
Deux voies, très différentes. La diffusion hertzienne suppose une fréquence, attribuée par appel à candidatures, zone par zone. Les fréquences disponibles sont rares et les dossiers exigeants : projet éditorial, moyens techniques, équilibre financier, ancrage local. La procédure prend souvent plus d'un an.
La radio numérique terrestre a rebattu les cartes en augmentant le nombre de places disponibles sur un même territoire, sans résoudre la question du coût de diffusion.
La webradio, elle, ne demande aucune autorisation d'émettre. Elle suppose en revanche de déclarer son activité, de régler les droits d'auteur et les droits voisins auprès des sociétés de gestion collective, c'est le poste que les projets amateurs découvrent trop tard, et de respecter les obligations de tout éditeur : identification, droit de réponse, protection des mineurs.
Le modèle économique
Pour une radio associative, il repose sur quatre pieds : le fonds de soutien à l'expression radiophonique, alimenté par une taxe sur la publicité des médias ; les subventions de collectivités ; les partenariats et le mécénat ; et une publicité locale plafonnée.
Le bénévolat est la ressource la plus importante et la plus fragile. Les stations qui durent sont celles qui ont su professionnaliser une ou 2 fonctions, coordination et technique, tout en gardant une antenne ouverte.
Ce que ces radios apportent
Une information de proximité que plus personne d'autre ne produit à cette échelle, l'accès à l'antenne de personnes qui n'y auraient jamais accès ailleurs, une diffusion musicale hors des rotations serrées des réseaux nationaux, et une formation pratique pour des jeunes qui entrent ensuite dans le métier.
Ce sont des fonctions difficiles à chiffrer, et c'est pourquoi elles sont régulièrement menacées lors des arbitrages budgétaires. Le paysage radiophonique français doit pourtant une partie de sa diversité à ce que ces stations ont maintenu depuis 40 ans.